La mémoire dans les poches 3. Troisième partie

I l se sera écoulé un long moment entre les deuxième et troisième tomes de La mémoire dans les poches. Dans cet ultime album, Laurent poursuit son enquête pour retrouver son père, lequel s’est mystérieusement enfui avec l’enfant d’une jeune Algérienne. Sa quête l’amène à redécouvrir une personne dont la biographie diffère de celle qu’on lui a exposé. Ses recherches le conduiront dans l’est de la France où il entrevoit les véritables origines du septuagénaire, mais également son legs.

Le récit, signé Luc Brunschwig, est habilement construit. Les strates se superposant, le lecteur est invité à recomposer une existence fragmentée. Certaines portions sont appréciées à travers les yeux du vieil homme, d’autres avec ceux de son garçon, sans oublier le regard des nombreux témoins qui l’ont côtoyé. La démarche a une allure journalistique, elle est d’ailleurs suivie, caméra au poing, par Marion qui tourne un film sur le destin d’un individu pas aussi ordinaire qu’on le croyait. Les trames narratives, à savoir l’enlèvement du gamin et l’enfance du protagoniste finissent se télescoper ou du moins par afficher des similitudes révélatrices. Avec adresse, le dramaturge fait converger les deux histoires. Il s’amuse alors à juxtaposer des scènes pour se jouer du bédéphile, par exemple lorsque le fils sonne à la porte et qu’à la case suivante l'action se passe au même endroit, quelques années plus tôt.

Le scénario, tout en nuance et en subtilité, est épaulé par un dessin exposant les mêmes caractéristiques. Pas d’excès de style pour raconter les petites gens. Le héros a un gros nez et peut ainsi être aisément identifiable à toutes les étapes de sa vie. Le découpage est varié, mais sans affectation. Étienne Le Roux, qui assure aussi la mise en couleur, utilise essentiellement le marron et le vert, et privilégie des teintes généralement foncées. L’artiste crée de cette façon un climat de calme et de douceur, qui contraste avec les événements dramatiques.

Une saga familiale aux rebondissements multiples. Une conclusion étonnante et de grande qualité pour ce récit entamé il y a plus de dix ans.

Moyenne des chroniqueurs
8.0