Ghost & Lady 1. 1

L a conservatrice du Black Museum de Londres veille sur des pièces de collection bien insolites : toutes ont servies dans des cas d'affaires criminelles sortant de l'ordinaire. Et ce jour, une en particulier suscite l'intérêt d'un visiteur : deux balles fondues, enchâssées l'une dans l'autre et retrouvées sur un siège du théâtre londonien Drury Lane. L'homme semble connaître l'origine mystérieuse de ce curieux objet. En effet, c'est lui-même qui l'a déposé un jour d'avril 1856. Monsieur Grey, cet illustre fantôme jadis maître duelliste, est disposé à se confier à la jeune gardienne, toute ouïe. D'humeur versatile, il commence alors son récit par sa rencontre avec une certaine Florence Nightingale...

L'établissement atypique ouvre ses portes pour la deuxième fois aux lecteurs. Après Springald, alias «Jack Talons-À-Ressort» (chronique tome 1), Kazuhiro Fujita entremêle un duo de destinés a priori improbables mais qui, au travers de son imagination fertile, forme une osmose parfaite. Après un lever de rideau présentant l'exubérant ectoplasme, il incorpore progressivement le personnage de la célèbre infirmière. La narration habile fait évoluer leurs personnalités et les étoffe de par leurs interactions et leurs influences respectives. Le petit bout de femme prend ainsi de l'assurance, s'affirme, tandis que se fêlent le cynisme et le désabusement de Grey. Le cadre historique rigoureux (période victorienne, guerre de Crimée, émergence des soins médicaux) n'empêche en rien la dimension fantastique d'enrichir l'originalité du propos. Loin de la déclamation soporifique, la richesse du texte qui utilise le langage d'époque, est vraiment agréable, avec une pointe d'humour en prime.

L'artiste s'affranchit des codes habituels du manga pour laisser s'exprimer avec panache et expressivité son style baroque. À la fois très travaillé et minutieux dans les arrières plans et les vêtements, il se permet d'aller à l'essentiel et d'épurer son trait pour mettre en avant l'émotion dans les scènes plus emphatiques, convenant parfaitement au contexte.

«La passion s’accroît en fonction des obstacles qu'on lui oppose». Souvent cité dans ce premier tome, Shakespeare n'aurait pas renié ce dénouement hautement tragique qui laisse les deux héros antagonistes, mais liés par une étrange promesse, aux prises avec une troisième figure charismatique bien connue. L'acte final (en septembre) s'annonce grandiose.

Moyenne des chroniqueurs
7.5