One, two, three, four, Ramones!

D e New York à Londres, la fin des années soixante-dix est marquée par l’émergence d’un nouveau courant musical et culturel : le Punk ! Réaction violente à un certain embourgeoisement du rock, ce mouvement, en deux accords mal ajustés et une rythmique hallucinée est le cri d’une génération qui voit arriver la fin des trente glorieuses. La société est sur le point d'aller dans le mur : les Clash, les Sex Pistols et les Ramones jouent les crash-tests.

Xavier Bétaucourt, Bruno Cadène et Éric Cartier racontent l’épopée du quatuor de Forest Hills NY en utilisant Dee-Dee, le bassiste et principal auteur du groupe, comme fil rouge et narrateur. Sujet oblige, il y est question de musique, de drogue (beaucoup, évidemment) et de galères sans fin. À leur décharge, les membres de la famille Ramones ne sont pas vraiment nés sous une bonne étoile. Dee Dee en est le parfait exemple : père militaire violent, mère alcoolique, il souffre lui-même de graves problèmes psychologiques. Le jeune homme trouve une échappatoire miraculeuse dans la composition et les concerts, ce qui ne l’empêche pas de sombrer régulièrement dans la dépendance. De plus, les relations entre les quatre musiciens s’avèrent au mieux exécrables, sans compter que le succès d’estime de la foule et des critiques ne se traduit pas au niveau comptable. Les ventes de leurs disques sont misérables et les obligent à multiplier apparitions et tournées épuisantes. Dur dur d’être un rebelle quand la gloire n’arrive pas.

Sur le plan de la BD, si ce biopic s’avère parfaitement documenté, il est malencontreusement bien trop sagement raconté. L’œuvre des Ramones est caractérisée par son impact et, surtout, sa densité (pas une chanson de plus de 2’30 !) : de la rage, des rancœurs, du désespoir ! Le découpage très serré et la mise en page trop statique ne rendent pas hommage à cette folle aventure humano-musicale. Même si le trait charbonneux d’Éric Cartier se montre élégant et bien posé, le manque de nuances dans les ambiances (quelles que soient les villes et les années, la lumière et les odeurs sont identiques) rend la lecture un peu monotone et sans réel relief.

En résumé, l’information est bien là et elle est joliment racontée. Par contre, tant l’esprit et la fureur du moment semblent s’être perdu quelque part en route. Heureusement, on peut toujours se consoler :

«  Hey ho, let's go! hey ho, let's go!
Hey ho, let's go! hey ho, let's go!
They're forming in straight line
They're going through a tight wind
The kids are losing their minds
The blitzkrieg bop !
 »

Moyenne des chroniqueurs
6.3